Propagandhi - Potemkin City Limits (2005)

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Propagandhi - Potemkin City Limits (2005)

Message par Punkachu from PunkFiction le Mer 22 Mar - 7:31

bon ben je commence alors, et avec un groupe dont j'ai souvent mentionné le nom sur ce forum donc pour ceux qui ne connaissent pas...

Propagandhi - "Potemkin City Limits"



2005
Fat Wreck Chords/G7WelcomingCommittee
12 titres

Contexte :

2001 avait vu la sortie unanimement saluée de Today’s Empires, Tomorrow’s Ashes, album désormais culte chez les aficionados de punk rock trash et politisé à l’extrême (gauche). Enfin un nouvel album donc mais état d’esprit conservé et label identique : Fat Wreck Chords. Les relations entre le groupe et le label, qui distribue l’album aux States, ont fait long feu et les vannes mutuelles vont bon train, notamment depuis le refus des 3 vegans d’apparaître sur le Rock Against Bush vol.1, jugé trop au profit de John Kerry. Gérant à plein temps le label activiste G7 Welcoming Committee, comme souvent avec Propagandhi, le délai entre les albums s’en trouve rallongé mais toujours proportionnel à la qualité et à l’attente fébrile des fans. Produit avec nuance et finesse, par Bill Stevenson, ce n’est donc qu’en octobre 2005 que l’on peut enfin se jeter sur ce Potemkin City Limits.
(pour ceux qui se demandent qui est Glen Lambert sensé avoir remplacé Chris Hannah (sur le site de G7), il s’agit d’une private joke, le Lambert en question étant un joueur de l’équipe de hockey locale : les Portage Terriers)


Chronique :

Avant tout éclairons un peu le titre de l’album. Le massacre militaire d’Odessa, suite à la mutinerie du cuirassé Potemkine en 1905 (célèbre film d’Eisenstein), fut à l’origine des mobilisations citoyennes qui engendrèrent 12 ans plus tard la révolution d’Octobre en Russie, référence donc aux idées politiques du groupe. Les ‘Potemkin Villages’ eux sont de faux villages construits en Crimée par les troupes Russes en 1787 pour impressionner l’impératrice Catherine II sur la soi-disant étendue des conquêtes. Le terme est aujourd’hui utilisé dans un contexte politique pour définir des mensonges d’Etat justifiant par la suite des actes politiques, comme une ‘invasion préventive’ pour cause de supposées armes de destruction massive. Manipulations qui une fois mises à jour ont bien sûr leurs 'limites'... Et la boucle est bouclée, vous voyez à qui s’adresse ironiquement le disque (« Iteration »).

Bon ça c’est fait, alors lâchons-nous d’emblée : le meilleur groupe punk en activité est de retour !
Le plus respectable, le plus digne héritier musical et éthique du mouvement punk d’origine, le plus actif proportionnellement à sa popularité, sans doute l’un des tous meilleurs techniquement ; le trio canadien Propagandhi sort son 4è véritable album en 2005 et c’est un évènement majeur en ces temps de récupération mercantile de la musique alternative.
Reflet de son époque, du malaise socialo-politique ambiant, d’un certain désarroi rageur en ces temps troublés, le groupe s’était endurci après le départ de John Samson pour The Weakerthans, délaissant une bonne part de l’humour, des accents pop, pour ce recentrer sur une musique plus brutale mais toujours aussi fine, à l’image de son engagement politique : dur et réfléchi.
Fervent défenseur du leitmotiv « Knowledge Is Power », le groupe a passé davantage de temps depuis l’album de 2001 à promouvoir des artistes (jaquette de l’album signée Eric Drooker, qui avait illustré certains albums de RATM), des écrivains, des disques de spoken word, des activistes tels Noam Chomsky ou Ward Churchill et à monter des happening, des faux sites subversifs (comme celui illustrant le single*** « Die Jugend Marschiert (America’s Army) »).
Ceux qui nient au punk rock moderne sa vocation de musique à connotation politique passeront sans doute leur chemin, mais ce serait réduire l’envergure musicale d’un tel groupe, chez qui le fond et la forme cohabitent à égale qualité, cohérence et intégrité (« Iteration »).

Sans être un « Today’s Empires bis », ce nouvel opus se situe clairement dans la lignée (« A Speculative Fiction »), avec peut-être plus de mid-tempos (« Fixed Frequencies »), moins de furie mais toujours le même sens de la mélodie, de la sobriété punk hardcore qui sait ne pas en faire trop (« Rock For Sustainable Capitalism »). Rapide par soubresauts, ménageant des accalmies tendrement intenses dans des morceaux qui contrastent avec les prises de paroles plus sèches de Todd Kowalski, le bassiste (« Impending Halfhead », « Superbowl Patriot XXXVI »). Une impression générale de tristesse, une rage froide ressort tout de même de l’ensemble toujours pourtant caractéristique du groupe : un punk rock racé muant du progressif au trash metal en passant par le mélodique (« Bringer Of Greater Things »). Un album moins directement efficace et facile d’accès que le précédent, qui demandera donc toutefois plusieurs écoutes (attentives, il le mérite !).

« New laments, meditations and extrapolations from people who just cannot believe they have to be here », voilà comment le groupe résume ce nouvel album. Affirmant et tempérant à la fois l’incidence de son message sur le cours du monde, Propagandhi n’en reste pas moins convaincu qu’à défaut de rendre la société meilleure, une prise de conscience pourrait éviter de la rendre pire. Utopistes ? Plus vraiment. Plutôt désabusés et d’autant plus en colère nos 3 punkers !

Des morceaux comme l’intense « Fedallah's Hearse » résument à eux seuls pourquoi beaucoup d’entre nous écoutent cette musique : colère, force, beauté, intelligence, qualités très humaines sublimées dans la musique de Propagandhi. Un disque qui fait honneur au punk rock, mû par l’espoir et la foi en l’humanité. Comme on peut le lire sur le site du groupe : « C’est la nature même des idées d’être communiquées : écrites, dites, données. Une opinion c’est comme l’herbe. Elle a besoin d’être exposée à la lumière, comme les foules, elle se développe par le métissage, poussant d’autant mieux qu’elle aura été maintes fois piétinée » (Ursula K. Le Guin). Arrivé à ce niveau-là on ne parle plus seulement de musique.

Punkachu !

*** pour info le titre de la chanson évoque le jeu vidéo America's Army et le Colonel Casey Wardynski qui l'a supervisé en tant que directeur de l’OMEA (U.S. Army's Office of Economic and Manpower Analysis). Ce jeu sorti en 1999 visait à promouvoir l'armée et la mentalité guerrière auprès de la jeunesse américaine sous un angle ludique et hyper réaliste.

lien de la page groupe sur PunkFiction (bio, autres kroniks, photo, lien...)
un lien mp3 pour se faire une idée
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